Trois vagues de chaleur en juin et juillet 2026, une annonce ministérielle sur un futur « DPE confort d'été » le 15 juillet : la question de la surchauffe des logements est passée du confort au risque sanitaire. Mais quels logements sont réellement exposés ? Nous avons analysé 11 183 219 diagnostics de performance énergétique (DPE) pour le mesurer.
Le résultat tient en un chiffre et un paradoxe. Le chiffre : 40,2 % des logements sont déclarés « insuffisants » en confort d'été par les diagnostiqueurs eux-mêmes. Le paradoxe : le classement officiel des villes les plus exposées est trompeur — parce qu'il ne regarde que le bâtiment, jamais l'endroit où il se trouve.
40,2 % des logements diagnostiqués sont déclarés « insuffisants » en confort d'été — mais l'indicateur officiel classe le Nord en tête, là où le vrai risque de surchauffe se concentre au Sud et à Paris.
Ce que ce baromètre couvre
Ce baromètre OneDpe croise deux lectures du confort d'été sur le même parc de DPE : l'indicateur déclaré dans le diagnostic (ce que le diagnostiqueur a coché) et le Score Été 0-100 de OneDpe (qui ajoute le climat local et l'îlot de chaleur urbain). Vous y trouverez la distribution nationale, le classement des grandes villes selon chacune des deux mesures, et surtout ce qui se passe quand on passe de l'une à l'autre.
Le confort d'été dans le DPE : un indicateur, bientôt une lettre officielle
Depuis la refonte du DPE, chaque diagnostic de logement porte un indicateur de confort d'été à trois niveaux — insuffisant, moyen ou bon. Il est défini à l'annexe 9 de l'arrêté du 31 mars 2021 relatif au DPE, et repose sur cinq caractéristiques du bâtiment : la présence de protections solaires (volets, stores, casquettes), l'isolation de la toiture, l'inertie (la capacité des murs lourds à amortir la chaleur), le caractère traversant du logement (qui permet la ventilation naturelle) et la présence d'un brasseur d'air.
Cet indicateur reste aujourd'hui informatif : il n'est ni opposable, ni assorti d'une interdiction, contrairement aux lettres A à G de la performance énergétique. Le cadre est toutefois en mouvement. Le troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3) prévoit à l'horizon 2028 un indicateur de confort d'été plus fin, fondé sur les degrés-heures d'inconfort (DH) et localisé — une étude du CSTB est en cours. Le 15 juillet 2026, le gouvernement a évoqué une future « lettre confort d'été » ; au moment de ce baromètre, aucun texte n'a été publié ni mis en consultation.
À retenir : l'indicateur confort d'été actuel décrit le bâtiment, pas son environnement. Deux logements identiques, l'un à Lille, l'autre à Perpignan, reçoivent le même indicateur — alors que le second subira des étés bien plus rudes.
Deux façons de mesurer le risque de surchauffe
C'est précisément cette limite qui structure notre baromètre. Nous mesurons le confort d'été de deux manières, sur le même parc de DPE.
1. L'indicateur déclaré : le bâtiment seul
La première mesure est l'indicateur insuffisant / moyen / bon tel qu'il est saisi dans les DPE. C'est une donnée factuelle : elle reflète ce que les diagnostiqueurs ont constaté sur les cinq critères de l'annexe 9. Nous la mesurons en recensement complet (l'ensemble des 9 663 670 diagnostics qui le renseignent, sans échantillonnage). Sa force : elle est incontestable. Sa limite : elle est aveugle à la localisation. Un logement bien protégé du soleil obtient un « bon » indicateur, qu'il se trouve en Bretagne ou dans le Vaucluse.
2. Le Score Été OneDpe : le bâtiment et son climat
La seconde mesure est le Score Été 0-100 de OneDpe (100 = confort optimal). Il repart des mêmes caractéristiques du bâtiment, mais y ajoute deux dimensions que l'indicateur officiel ignore :
Le climat local — issu des projections CLIMADIAG de Météo-France par département : un été à Perpignan n'a rien à voir avec un été à Lille.
L'îlot de chaleur urbain (ICU) — le phénomène par lequel une ville dense et minérale reste plusieurs degrés plus chaude qu'une zone pavillonnaire ou rurale voisine, surtout la nuit. Nous le mesurons au grain de l'adresse, à partir de la « zone climatique locale » (Local Climate Zone, une classification morphologique du tissu urbain).
Le Score Été est un indicateur propriétaire, non réglementaire, calibré sur le parc national (médiane 67 sur 100). Parce qu'il exige un calcul logement par logement, nous le mesurons sur un échantillon aléatoire de 2,5 millions de DPE ; sur ce même échantillon, l'indicateur déclaré donne des taux identiques au recensement (écart inférieur à 1 point), ce qui valide sa représentativité.
Pourquoi nous écartons les diagnostics générés depuis l'immeuble
Quand un immeuble fait l'objet d'un DPE collectif, les diagnostics des logements qui le composent peuvent en être dérivés plutôt qu'établis un par un. L'annexe 9 § 9.1 ne prévoit pas d'y évaluer le confort d'été : un indicateur qui y figurerait serait une anomalie. Nous les excluons donc du baromètre — 4,16 millions de diagnostics, soit 27 % du parc.
Une correction que nous devons signaler. Une version antérieure de cet article affirmait que la couverture de l'indicateur atteignait « 86,3 % pour les maisons contre 55,8 % pour les appartements », et en concluait que le chiffre national sous-estimait le problème. C'était un artefact de comptage : les diagnostics générés depuis un immeuble sont par nature des logements collectifs et ne portent pas l'indicateur. Une fois ces diagnostics écartés, maisons et appartements sont à égalité — 86,5 % contre 86,4 %. Nous avons retiré cette conclusion le 2 août 2026.
Restent 13,6 % de diagnostics qui ne renseignent pas l'indicateur : de la non-complétion réelle. Le sens du biais qui en résulte n'est pas établi : la couverture est identique entre maisons (86,5 %) et appartements (86,4 %), et rien ne permet d'affirmer que ces diagnostics non renseignés seraient plus — ou moins — souvent « insuffisants » que les autres.
Le classement officiel dit le Nord — le risque réel dit le Sud
Voici le cœur du baromètre. Selon la mesure choisie, la carte des villes les plus exposées s'inverse.
Les deux cartes reprennent les couleurs des étiquettes DPE parce qu'elles se lisent sans légende : ce ne sont pas des classes DPE. Cliquez sur une carte pour l'agrandir et la télécharger (PNG haute définition ou SVG modifiable). Fond de carte : contours IGN ADMIN-EXPRESS, Licence Ouverte ; la Corse est agrégée en un seul département, maille à laquelle Météo-France fournit le climat.
Carte 1 — l'indicateur déclaré : les Hauts-de-France en tête
En tête du classement par part de logements « insuffisants », le Nord domine nettement — Roubaix, Hazebrouck, Tourcoing, Armentières. Neuf des dix premières communes sont dans le Nord et le Pas-de-Calais ; Paris, 5ᵉ, est la seule exception — et la seule à figurer aussi en tête de la carte suivante.
| Ville | Logements « insuffisants » | Score Été (médiane) |
|---|---|---|
| Roubaix | 68,2 % | 64 |
| Hazebrouck | 61,8 % | 67 |
| Tourcoing | 61,7 % | 67 |
| Armentières | 59,7 % | 67 |
| Paris | 59,6 % | 53 |
L'explication est architecturale : ces villes concentrent un bâti ancien, dense et mal protégé (courées ouvrières, immeubles de brique sans protection solaire ni logement traversant). Mais remarquez la dernière colonne : leur Score Été reste proche de la médiane nationale (64 à 67). Pourquoi ? Parce que le climat du Nord amortit tout : même mal conçu, un logement roubaisien subit peu de canicules.
Carte 2 — le Score Été : l'arc méditerranéen et Paris
Pour un panel de grandes villes, le Score Été médian bascule cette fois vers le Sud et Paris. Les scores les plus bas dans l'absolu concernent des communes plus petites (Agde, Apt, Roquebrune-sur-Argens) ou des grands ensembles franciliens.
| Ville | Score Été (médiane) | Logements « insuffisants » (déclaré) |
|---|---|---|
| Aix-en-Provence | 52 | 33,5 % |
| Paris | 53 | 59,6 % |
| Perpignan | 54 | 27,0 % |
| Nice | 58 | 24,2 % |
| Montpellier | 58 | 24,7 % |
Ici, ce n'est plus le bâtiment qui décide, mais le climat. Le pourtour méditerranéen cumule des étés longs et intenses ; même un logement correctement conçu y est exposé. Le Score Été étant un entier, les ex æquo sont nombreux : Nice et Montpellier partagent exactement le même score (58) avec douze autres communes, qui occupent en bloc les rangs 15 à 28.
Le grand écart : bien notés, mal exposés
Le contraste le plus parlant vient des villes de la Côte d'Azur. Prenez Mandelieu-la-Napoule : seulement 21,4 % de logements « insuffisants » selon l'indicateur officiel — un excellent score, qui la place au 416ᵉ rang sur les 426 communes classées. Une fois le climat et l'îlot de chaleur intégrés, elle remonte au 20ᵉ rang des plus exposées. Même bascule pour Antibes, Nice ou Menton.
| Ville | « Insuffisants » (déclaré) | Score Été | Lecture |
|---|---|---|---|
| Nice | 24,2 % | 58 | Bien bâtie, fortement exposée |
| Montpellier | 24,7 % | 58 | Bien bâtie, fortement exposée |
| Antibes | 22,3 % | 58 | Bien bâtie, fortement exposée |
| Paris | 59,6 % | 53 | Mal bâtie ET exposée |
Paris est le seul cas qui figure en tête des deux classements : bâti dense et ancien (59,6 % d'« insuffisants ») et puissant îlot de chaleur. C'est la ville où l'indicateur officiel et le risque réel convergent.
Les quatre erreurs de lecture à éviter
Erreur n° 1 — Croire que l'indicateur officiel mesure le risque de surchauffe
Il mesure la qualité du bâtiment face à la chaleur, pas le risque final. Un « bon » indicateur dans une ville où il fait 38 °C sept jours par an ne vous protège pas comme le même « bon » indicateur en Bretagne. Le risque réel = bâtiment × climat × environnement urbain.
Erreur n° 2 — Se rassurer avec un « moyen » ou un « bon » en zone chaude
C'est le piège des villes du Sud. À Nice ou Montpellier, la majorité des logements sont « moyens » ou « bons » — mais le climat fait le reste. Si vous achetez sur le pourtour méditerranéen, un indicateur correct ne dispense pas de vérifier concrètement les protections solaires et la ventilation.
Erreur n° 3 — Confondre « ville chaude » et « logement mal adapté »
Ce baromètre ne dit pas que Nice est « plus chaude » que Lille au thermomètre — cela va de soi. Il dit que le parc de logements niçois, pourtant mieux conçu en moyenne, reste plus exposé au risque d'inconfort, parce que le climat pèse davantage que la qualité du bâti. La nuance est essentielle : on parle d'adaptation des logements, pas de météo.
Erreur n° 4 — Oublier l'étage et l'îlot de chaleur en ville
Deux logements de la même rue peuvent avoir des risques très différents : un dernier étage sous toiture non isolée, en plein cœur urbain minéral, surchauffe bien plus qu'un rez-de-chaussée sur cour arborée. L'indicateur officiel n'en tient pas compte ; le Score Été, mesuré à l'adresse, le capture.
À vérifier sur votre DPE : la page confort d'été de votre diagnostic indique l'indicateur (insuffisant, moyen ou bon) et le détail des cinq critères. Repérez ceux qui manquent — pas de protection solaire, logement non traversant, absence de brasseur d'air — puis croisez-les avec votre localisation. Un logement « moyen » sur le pourtour méditerranéen mérite plus d'attention qu'un « moyen » en Bretagne : à bâtiment égal, c'est le climat qui fait la différence.
Où se situe votre logement ?
Score Été de votre logement — OneDpe
À partir du numéro de votre DPE ou de son adresse, l'outil confort d'été de OneDpe calcule un Score Été 0-100 qui croise les cinq critères du bâtiment, le climat local de votre commune et l'îlot de chaleur de votre adresse — puis vous situe face au parc national et détaille chaque point faible.
Pour aller plus loin : vérifier la cohérence de votre DPE et chiffrer les travaux de confort d'été (protections solaires, isolation de toiture, brasseurs).
Conclusion
Le confort d'été est le prochain grand chantier du diagnostic immobilier, et ce baromètre montre pourquoi il est délicat : l'indicateur officiel, utile, ne raconte que la moitié de l'histoire. En regardant le seul bâtiment, il désigne le Nord ; en ajoutant le climat et la ville, le risque bascule vers le Sud et Paris. Pour un acheteur, un vendeur ou un bailleur, la conséquence est concrète : ne vous fiez pas au seul mot « insuffisant » ou « bon » — regardez où est le logement.
Le Score Été de OneDpe a précisément été conçu pour cela : traduire un indicateur à trois niveaux, aveugle à la localisation, en une note qui intègre votre climat et votre adresse. C'est la différence entre savoir qu'un logement est mal protégé et savoir qu'il va réellement surchauffer.
Pour aller plus loin : l'indicateur actuel et la réforme attendue pour 2028, ce que l'on sait de la « lettre confort d'été » et notre baromètre fiabilité DPE 2026.



