Une lettre, de A à G, qui décide aujourd'hui de votre droit de louer, du prix de vente de votre logement et du montant de vos travaux. La classe énergétique de votre DPE (Diagnostic de Performance Énergétique) n'est plus un simple repère écologique : c'est une donnée juridique et financière à part entière. Encore faut-il comprendre ce que chaque lettre veut dire — et pourquoi un même logement peut changer de classe au 1ᵉʳ janvier 2026.
Car derrière chaque étiquette se cachent deux seuils, pas un : un seuil de consommation d'énergie et un seuil d'émissions de CO₂. Et c'est toujours le plus défavorable des deux qui l'emporte. Comprendre cette règle, c'est éviter de se faire surprendre par une classe F qu'on croyait être un D, ou de surestimer un bien que l'on s'apprête à acheter.
7 classes, 2 seuils par classe. La classe d'un DPE n'est jamais fixée par la seule consommation : elle retient toujours la pire des deux notes entre l'énergie primaire (kWh/m²/an) et le climat (kg CO₂/m²/an), conformément à l'arrêté du 31 mars 2021.
Ce que cet article couvre
Ce que signifie concrètement chaque classe DPE de A à G, les seuils exacts en énergie primaire (kWh/m²/an) et en émissions de gaz à effet de serre (kg CO₂/m²/an), la règle du plus défavorable des deux, le calendrier d'interdiction de location des passoires thermiques (G en 2025, F en 2028, E en 2034) et l'effet du nouveau coefficient de l'électricité au 1ᵉʳ janvier 2026 sur les logements chauffés à l'électricité.
Le cadre légal des classes DPE
Les sept classes du DPE et leurs seuils sont fixés par l'arrêté du 31 mars 2021 relatif au diagnostic de performance énergétique pour les bâtiments à usage d'habitation, qui définit aussi la méthode de calcul conventionnelle dite 3CL-DPE 2021 (Calcul de Consommation Conventionnelle des Logements). Depuis cette réforme, le DPE ne repose plus sur les factures réelles mais sur une modélisation physique du logement : isolation, surfaces, système de chauffage, production d'eau chaude, ventilation.
Deux évolutions juridiques majeures ont transformé la portée de ces classes. D'abord, le DPE est devenu opposable le 1ᵉʳ juillet 2021 : ses informations engagent la responsabilité du vendeur et du bailleur, qui peuvent voir leur responsabilité recherchée en cas d'erreur. Le DPE est par ailleurs annexé au dossier de diagnostic technique remis lors de la vente (CCH art. L.271-4). Ensuite, la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 (loi n° 2021-1104) a inscrit dans le Code de la construction et de l'habitation (CCH) un calendrier d'interdiction progressive de location des logements les plus énergivores, au titre de la décence énergétique (CCH art. L.173-1-1 et L.173-2).
Le critère de décence énergétique qui en découle, précisé par le décret n° 2021-19 du 11 janvier 2021 puis par le décret n° 2023-796 du 18 août 2023, fixe pour la France métropolitaine un plafond de consommation exprimé en énergie finale qui correspond, en pratique, au calendrier d'exclusion des classes G, F puis E. Enfin, l'arrêté du 13 août 2025 a révisé un paramètre central de la méthode 3CL-DPE : le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire, qui passe de 2,3 à 1,9 à compter du 1ᵉʳ janvier 2026.
⚠️ Attention : les seuils diffèrent en outre-mer. En Guadeloupe, Martinique, Guyane, à La Réunion et à Mayotte, le climat et le mix énergétique imposent des seuils spécifiques (arrêté du 31 mars 2021, dispositions DOM) ; les chiffres ci-dessous sont ceux de la France métropolitaine.
Comprendre les deux seuils : énergie primaire et climat
Le cœur du DPE 2021 tient en une idée : chaque classe est définie par deux seuils simultanés, et non un seul. Le premier mesure la consommation d'énergie primaire, le second mesure l'impact climatique. Un logement n'obtient une classe que s'il respecte les deux plafonds correspondants ; sinon, il bascule dans la classe inférieure.
L'énergie primaire (kWh/m²/an)
L'énergie primaire correspond à l'énergie consommée « à la source », avant transformation et transport jusqu'au logement. Pour l'électricité, on applique un coefficient de conversion en énergie primaire qui traduit l'énergie nécessaire pour produire et acheminer 1 kWh consommé chez l'habitant. Ce coefficient, fixé à 2,3 depuis la réforme de 2021, descend à 1,9 au 1ᵉʳ janvier 2026. Le DPE additionne les consommations des cinq usages réglementaires — chauffage, eau chaude sanitaire, refroidissement, éclairage et auxiliaires (ventilation, pompes) — et les ramène au mètre carré et à l'année. C'est l'axe horizontal de l'étiquette énergie.
Le climat (kg CO₂/m²/an)
Le second seuil mesure les émissions de gaz à effet de serre (GES) associées à ces mêmes consommations, exprimées en kilogrammes de CO₂ équivalent par mètre carré et par an. Il pénalise lourdement les énergies fossiles : le fioul et, dans une moindre mesure, le gaz émettent beaucoup plus de CO₂ que l'électricité bas-carbone française ou le bois. C'est ce second axe qui peut faire chuter d'une classe un logement très bien isolé mais chauffé au fioul. À l'inverse, sur le seuil énergie cette fois, les logements chauffés à l'électricité profitent du nouveau coefficient d'énergie primaire (1,9) : notre analyse chiffre les 850 000 logements sortis des classes F et G en 2026.
La règle du plus défavorable des deux
C'est la règle décisive : la classe affichée est celle des deux seuils qui place le logement le plus bas. Un appartement qui consomme 240 kWh/m²/an (zone D pour l'énergie) mais émet 75 kg CO₂/m²/an (zone F pour le climat) sera classé F, pas D. Le climat l'emporte. Cette logique explique pourquoi deux logements à consommation identique peuvent porter des étiquettes différentes selon leur énergie de chauffage.
À retenir : votre logement ne peut pas être « rattrapé » par son meilleur seuil. Si l'un des deux le classe G, il est G — même si l'autre le situait en C.
Le tableau des seuils des classes DPE en 2026
Voici les seuils applicables en France métropolitaine, fixés par l'arrêté du 31 mars 2021. Pour chaque classe, le logement doit respecter à la fois le seuil d'énergie primaire et le seuil d'émissions ; à défaut, il descend d'une ou plusieurs classes.
| Classe | Énergie primaire (kWh/m²/an) | Climat (kg CO₂/m²/an) | Statut |
|---|---|---|---|
| A | < 70 | < 6 | Très performant |
| B | 70 à 110 | 6 à 11 | Performant |
| C | 110 à 180 | 11 à 30 | Correct |
| D | 180 à 250 | 30 à 50 | Moyen |
| E | 250 à 330 | 50 à 70 | Énergivore |
| F | 330 à 420 | 70 à 100 | Passoire thermique |
| G | ≥ 420 | ≥ 100 | Passoire thermique |
Lecture du tableau : un logement est classé A s'il consomme moins de 70 kWh/m²/an d'énergie primaire et émet moins de 6 kg CO₂/m²/an. Dès qu'un seul des deux dépasse son plafond, on applique la classe correspondant au seuil le plus défavorable. Les classes F et G constituent les « passoires thermiques », cible directe du calendrier d'interdiction de location.
⚠️ Logements de 40 m² ou moins : les seuils ci-dessus ne s'appliquent pas tels quels. La méthode 3CL surestimait mécaniquement la consommation au m² des petites surfaces — l'eau chaude sanitaire, largement forfaitaire, pèse bien plus lourd rapportée à 25 m² qu'à 100 m², et la compacité des très petits logements joue dans le même sens. L'arrêté du 25 mars 2024, en vigueur depuis le 1ᵉʳ juillet 2024, corrige ce biais en ajustant les seuils des étiquettes pour les logements dont la surface de référence est inférieure ou égale à 40 m² : environ 140 000 logements sont ainsi sortis du statut de passoire thermique. Si votre DPE a été établi entre le 1ᵉʳ juillet 2021 et le 30 juin 2024 sur un logement de cette taille, une attestation portant la nouvelle étiquette peut être générée gratuitement sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME, sans refaire de diagnostic.
Ce que chaque classe implique pour vous
Au-delà des chiffres, chaque lettre emporte des conséquences concrètes — confort, facture, droit de louer, valeur du bien. Voici ce qu'implique chaque classe.
Classes A et B : la performance, sans contrainte
Un logement A ou B est très bien isolé et faiblement émetteur. Pour vous, cela signifie des factures d'énergie réduites, aucune contrainte locative à l'horizon, et une valeur verte renforcée à la revente. Ces classes concernent surtout les constructions récentes (postérieures à la RT 2012 ou à la RE 2020) et les rénovations globales performantes. Aucune action n'est requise : vous êtes au-dessus de toutes les échéances réglementaires.
Classes C et D : la zone confortable
La majorité du parc se situe en C ou D. Ces logements ne sont concernés par aucune interdiction de location et offrent un confort correct. Si vous êtes bailleur, vous êtes tranquille pour la décennie en cours. Si vous êtes propriétaire occupant, des travaux ciblés (isolation des combles, changement de chaudière) peuvent vous faire gagner une classe et réduire vos factures, mais rien ne presse sur le plan légal.
Classe E : la dernière marche avant l'interdiction
Un logement classé E reste louable aujourd'hui, mais il est dans le viseur du calendrier : à compter du 1ᵉʳ janvier 2034, les logements E ne pourront plus être proposés à la location (décence énergétique : loi n° 2021-1104 ; CCH art. L.173-1-1 et L.173-2). Si vous êtes bailleur d'un bien E, vous avez le temps d'anticiper, mais pas de l'ignorer : les travaux d'amélioration énergétique se planifient sur plusieurs années, et les aides (MaPrimeRénov', CEE) évoluent.
Classes F et G : les passoires thermiques sous contrainte
Si votre logement est classé F ou G, vous êtes directement concerné par l'interdiction de location. Les logements G ne peuvent plus être loués depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 ; les logements F le seront à compter du 1ᵉʳ janvier 2028. Un bail en cours conclu avant ces dates ne régularise pas la situation au regard de la décence : un locataire peut exiger des travaux de mise en conformité.
Pour un propriétaire occupant, une classe F ou G signifie des factures lourdes et un bien difficile à revendre sans décote. Pour un bailleur, c'est un compte à rebours : soit vous engagez une rénovation pour remonter au moins en E (puis D), soit le bien sort du marché locatif. C'est précisément dans ces classes que la rénovation a le meilleur retour sur investissement, à la fois en économies d'énergie et en valeur verte récupérée.
Le calendrier d'interdiction de location 2025-2034
La loi Climat et Résilience a échelonné l'exclusion des passoires thermiques du marché locatif privé. Le calendrier s'applique aux nouveaux baux comme aux renouvellements, et la non-conformité expose le bailleur à une action du locataire en réalisation de travaux, voire en réduction de loyer.
| Date d'application | Classe interdite à la location | Référence |
|---|---|---|
| 1ᵉʳ janvier 2025 | Classe G | Loi n° 2021-1104 ; CCH art. L.173-1-1 et L.173-2 |
| 1ᵉʳ janvier 2028 | Classe F | Loi n° 2021-1104 ; CCH art. L.173-1-1 et L.173-2 |
| 1ᵉʳ janvier 2034 | Classe E | Loi n° 2021-1104 ; CCH art. L.173-1-1 et L.173-2 |
À ce calendrier de décence s'ajoute, depuis le 1ᵉʳ avril 2023, l'obligation d'un audit énergétique réglementaire lors de la vente d'un logement classé F ou G (étendu aux logements E le 1ᵉʳ janvier 2025), qui présente au futur acquéreur des scénarios de travaux chiffrés. La classe DPE conditionne donc non seulement le droit de louer, mais aussi les obligations attachées à la vente.
L'effet du coefficient 1,9 sur les classes en 2026
C'est le changement le plus structurant de 2026. L'arrêté du 13 août 2025 (publié au JO le 26 août 2025) abaisse le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire de 2,3 à 1,9, à compter du 1ᵉʳ janvier 2026. Concrètement, la consommation d'électricité d'un logement est désormais multipliée par 1,9 (et non plus 2,3) pour calculer son énergie primaire : la note d'énergie primaire des logements chauffés à l'électricité s'améliore mécaniquement, sans aucun travaux.
Pourquoi ce changement ? Le coefficient de 2,3 reflétait un mix de production électrique plus ancien. La valeur de 1,9 traduit le caractère largement décarboné et plus efficace du parc électrique français actuel. L'effet sur les étiquettes peut être significatif : certains logements électriques jusqu'ici classés F basculent en E, ou de E en D — un saut de classe qui peut, à lui seul, lever une future interdiction de location.
⚠️ Attention : le coefficient ne joue que sur le seuil d'énergie primaire, pas sur le seuil climat. Un logement dont la classe était déjà tirée vers le bas par ses émissions de CO₂ (chauffage fioul ou gaz) ne profitera pas du nouveau coefficient électricité. La règle du plus défavorable des deux continue de s'appliquer.
Si votre logement est chauffé à l'électricité et qu'il était classé F ou G à la limite du seuil d'énergie primaire, il est vivement conseillé de faire recalculer ou refaire votre DPE après le 1ᵉʳ janvier 2026. Un DPE établi sous l'ancien coefficient reste valable jusqu'à son terme, mais il ne reflète plus la classe réelle de votre bien : un nouveau diagnostic peut faire apparaître une classe plus favorable, avec des conséquences directes sur votre droit de louer et sur la valeur de revente.
Calculez votre classe DPE 2026
Estimez la classe de votre logement selon les seuils 2026 et l'effet du nouveau coefficient de l'électricité (1,9). Le simulateur applique la méthode 3CL-DPE 2021, croise votre consommation d'énergie primaire et vos émissions de CO₂, retient le plus défavorable des deux seuils et vous indique votre position sur le calendrier d'interdiction de location.
Pour aller plus loin : tout comprendre sur le DPE en 2026 et le bon moment pour refaire votre DPE (2026 ou 2027).
Conclusion
La classe DPE, de A à G, repose sur une mécanique simple à énoncer mais décisive : deux seuils — énergie primaire et climat — dont c'est toujours le plus défavorable qui fixe la lettre. Cette lettre détermine aujourd'hui votre droit de louer (G interdit depuis 2025, F en 2028, E en 2034), vos obligations à la vente et la valeur de votre bien. Et 2026 rebat les cartes pour les logements électriques, dont la note d'énergie primaire s'améliore avec le passage du coefficient à 1,9.
Le bon réflexe : vérifier sur quel seuil se joue votre classe, puis simuler l'effet des nouveaux paramètres. Le simulateur DPE 2026 d'OneDpe recalcule votre étiquette selon les seuils en vigueur et situe votre logement sur le calendrier réglementaire — pour décider en connaissance de cause.



