DPE & Rénovation

Contrôle du DPE : la France contrôle les diagnostiqueurs, le Royaume-Uni contrôle les diagnostics

En 2023, 0,08 % des DPE ont été contrôlés en France ; l'Angleterre et le pays de Galles en auditent 2 %. Deux architectures différentes — et ce que la directive européenne de 2024 change pour tous.

19 min de lecture
Contrôle des DPE en France, au Royaume-Uni et en Europe : comparaison des dispositifs

En 2023, les DPE contrôlés ont représenté 0,08 % du volume total de diagnostics de logements réalisés dans l'année. C'est la Cour des comptes qui l'écrit, dans son rapport de juin 2025 sur la mise en œuvre du diagnostic de performance énergétique. De l'autre côté de la Manche, en Angleterre et au pays de Galles, la règle impose aux organismes d'accréditation d'auditer au moins 2 % des certificats déposés chaque année. Un rapport de 1 à 25.

Ce chiffre va circuler, et il va être mal lu. Car les deux pays ne contrôlent pas le même objet : la France surveille des professionnels, le Royaume-Uni audite des certificats. L'écart mesure d'abord une différence d'architecture — et il ne dit rien, ni dans un sens ni dans l'autre, de la qualité des diagnostics produits.

L'enjeu, lui, est très concret. Une étiquette conditionne le droit de louer depuis l'interdiction progressive des passoires thermiques, ouvre l'accès aux aides à la rénovation, et pèse sur le prix : selon les données notariales citées par la Cour des comptes, une maison classée F ou G se négocie avec une décote de 5 % à 22 % par rapport à une maison équivalente classée D, selon les régions. Sur un bien à 250 000 €, l'écart d'une lettre peut dépasser le prix de la rénovation.

0,08 % des DPE contrôlés en France en 2023, contre un minimum réglementaire de 2 % des certificats en Angleterre et au pays de Galles. Mais la France contrôle des diagnostiqueurs quand le régime britannique contrôle des diagnostics — et depuis octobre 2025, elle crible statistiquement 100 % de sa base de données, ce que presque aucun pays européen ne fait.

Ce que cet article couvre

Nous détaillons le régime britannique, souvent cité en exemple sans être décrit ; nous comparons huit autres dispositifs européens, du plus strict au plus discret ; nous expliquons ce que la directive européenne de 2024 impose depuis le 29 mai 2026 et pourquoi elle change la nature même de l'obligation ; nous chiffrons ce que coûterait un contrôle renforcé en France ; et nous montrons pourquoi comparer les « taux d'erreur » entre pays est le piège principal de ce sujet. Le périmètre est celui des logements existants en France métropolitaine, et des certificats — pas des audits énergétiques ni des aides à la rénovation.


Le cadre : ce que l'Europe exige, et ce qu'elle n'a jamais exigé

L'obligation de contrôler les certificats énergétiques est européenne, pas nationale. Elle naît avec la directive 2010/31/UE sur la performance énergétique des bâtiments, dont l'article 18 et l'annexe II créent un « système de contrôle indépendant » : chaque État membre doit vérifier un échantillon de certificats, selon trois niveaux possibles — validation des données d'entrée, vérification complète du calcul, ou visite du bâtiment.

Un détail a structuré vingt ans de pratique : la directive de 2010 demandait un échantillon « statistiquement significatif », et la directive (UE) 2018/844 a supprimé le mot « pourcentage » du texte. Or « statistiquement significatif » a un sens précis. Avec les paramètres usuels de la doctrine européenne, relayés par la Concerted Action EPBD — marge d'erreur de 5 %, niveau de confiance de 95 % —, un pays émettant un million de certificats par an satisfait l'obligation avec environ 384 contrôles, soit 0,04 %.

Autrement dit : le 2 % britannique n'a jamais été imposé par l'Europe. C'est un choix national, plus exigeant que le droit européen. Et le 0,08 % français de 2023 était, au regard de l'obligation telle qu'elle était rédigée jusqu'en 2026, formellement suffisant. Reprocher à la France de ne pas respecter une règle de 2 % revient à lui reprocher de ne pas appliquer une règle qui n'existait pas.

C'est précisément ce que la refonte de 2024 vient corriger. La directive (UE) 2024/1275, en son article 27 et son annexe VI, remplace l'obligation de moyens par une obligation de résultat chiffrée. Chaque État membre doit désormais garantir qu'au moins 90 % des certificats valides délivrés sont conformes, avec un niveau de confiance statistique de 95 %, sur une période n'excédant pas un an. La vérification doit reposer sur un échantillonnage aléatoire, dont au moins 10 % donnent lieu à une visite sur site — c'est une nouveauté de la refonte. Lorsque le dispositif est délégué à des organismes non gouvernementaux, au moins 25 % de l'échantillon doit être vérifié par un tiers. Et les résultats doivent être publiés.

Date à retenir : le 29 mai 2026. C'est la date limite de transposition de la directive (UE) 2024/1275 (article 35). Elle est dépassée. Le 15 juillet 2026, la Commission européenne a adressé des lettres de mise en demeure aux 27 États membres, sans exception, pour transposition incomplète. Ce n'est donc pas un retard français : c'est un retard européen généralisé. À noter, plusieurs analyses professionnelles ont propagé une échéance de « mai 2029 » : elle est erronée.

Une phrase de l'annexe VI mérite une attention particulière, car elle vise très directement la voie qu'a choisie la France : l'analyse ciblée des données « ne peut pas être utilisée comme base pour mesurer la qualité globale du système ». Détecter les certificats suspects et mesurer la qualité d'un parc sont deux exercices différents. La directive exige désormais les deux.


Trois architectures de contrôle

Le modèle britannique : auditer des certificats

En Angleterre et au pays de Galles, un diagnostiqueur ne peut déposer un certificat que s'il est membre d'un accreditation scheme — un organisme privé approuvé par le ministère du logement. Ces schemes sont six aujourd'hui. Leur approbation est assortie de conditions écrites, les Scheme Operating Requirements, qui fixent le régime d'audit. Le document ministériel tient en une ligne : les schemes doivent auditer au moins 2 % des certificats déposés dans chaque filière, dont « une proportion significative » tirée au hasard — aucun pourcentage n'est chiffré. Le document professionnel qui le décline y ajoute deux planchers nominatifs : chaque membre doit voir au moins 0,5 % de ses dépôts tirés au sort dans l'année et, pour les diagnostiqueurs du parc existant, au moins un audit tous les douze mois. Un audit est en échec dès que la somme des écarts relevés champ par champ dépasse 5 points de SAP ; le certificat est alors déclaré défectueux, doit être remplacé, et un audit de suivi est déclenché.

Un point est régulièrement mal rapporté : cette sélection n'est pas purement aléatoire. Depuis 2019 — après une consultation où 85 % des répondants s'étaient prononcés pour —, elle combine un socle aléatoire, des audits de suivi après échec, et des audits ciblés sur le risque, déclenchés par une trentaine de règles dont une vingtaine sont actives. Le financement est direct : les schemes prélèvent une redevance sur chaque certificat déposé, de l'ordre de 3 à 7 £.

Pour environ 1,75 million de dépôts de logements par an, le plancher de 2 % représente près de 35 000 audits annuels. C'est l'ordre de grandeur qu'il faut garder en tête pour la suite.

Le modèle français : surveiller des professionnels

La France a fait un choix différent, et il est ancien. L'article L. 271-6 du code de la construction et de l'habitation impose que le diagnostiqueur soit certifié par un organisme accrédité, assuré et indépendant. L'État n'accrédite pas les diagnostiqueurs : il accrédite, via le Cofrac, treize organismes de certification privés, qui certifient des personnes.

L'arrêté du 20 juillet 2023 fixe le rythme : un cycle de certification de sept ans comportant six opérations de surveillance — trois contrôles documentaires (en années 2, 4 et 6, sur un échantillon d'au moins cinq rapports) et trois contrôles sur ouvrage (année 1 en accompagnement, années 3 et 5 en contre-expertise). Contrairement à une idée reçue, la moitié de ces opérations comportent donc un déplacement.

En 2023, ce dispositif a produit 2 882 surveillances documentaires et 937 contrôles sur ouvrage, soit 3 819 contrôles, avec 18 % de manquements constatés, 1 049 suspensions de certification (11 % des certifications) et 692 retraits (7 %). Rapporté par la Cour au volume annuel de diagnostics de logements, cela donne le fameux 0,08 %. Mais rapporté à la population des diagnostiqueurs — l'objet réellement contrôlé —, le taux de sanction est loin d'être anecdotique : c'est la toile de fond de la reprise en main de la profession engagée depuis.

Et depuis, la France a changé de braquet. Deux arrêtés ont bâti une troisième voie :

  • L'arrêté du 16 juin 2025 a instauré, à compter du 1er octobre 2025, un criblage statistique de l'intégralité de la base ADEME : l'analyse des activités des diagnostiqueurs déclenche un signalement automatique aux organismes de certification, qui doivent diligenter un contrôle dans un délai d'un mois.
  • L'arrêté du 28 juillet 2025 a codifié le premier indicateur d'anomalie : le franchissement de 1 000 DPE de maisons ou d'appartements sur douze mois glissants, seuil au-delà duquel l'exercice est réputé matériellement irréalisable.

Ce couplage — criblage exhaustif plus obligation d'agir sous un mois — n'a pas beaucoup d'équivalents en Europe. C'est la principale force du dispositif français actuel, et elle est rarement mentionnée. Sa limite est symétrique : un seul indicateur est codifié. Les autres critères relèvent d'une doctrine opérationnelle non publiée, ce qui interdit tout contrôle démocratique sur ce qui est cherché — et, on va le voir, ne répond pas à l'exigence européenne de mesure.

Ce que font les autres

Huit dispositifs européens, comparés sur ce qui compte : qui contrôle, quoi, combien, comment, avec quelles suites.

PaysObjet du contrôleCouverture publiéeSélectionTaux d'erreur publié
FranceLe professionnel (6 opérations / 7 ans) + criblage de 100 % de la base depuis le 01/10/20250,08 % des DPE (2023)Cycle obligatoire + signalement automatiqueNon publié
Angleterre & pays de GallesLe certificat≥ 2 % des dépôts / 12 moisAléatoire + ciblage sur le risque depuis 2019Non publié par les organismes
DanemarkValidation automatique de 100 % (340 points) + audits thématiques~0,24 % en audit approfondiCiblage par thème de risque annuelOui, série longue (31 % en 2016, aléatoire)
Pays-BasL'entreprise certifiée + dossiers2 % jusqu'à 1 000 labels, puis 1 pour 1 000Échantillon par certificateurOui : 8,3 % d'écart critique en logement (2024)
FlandreLe certificat, avec re-métrage sur site2 207 unités et 459 experts contrôlés (2024)Aléatoire + ciblage + détection d'anomaliesPartiel (échantillon ciblé)
IrlandeL'assesseur, avec plancher garanti≥ 2 audits par assesseur et par anAléatoire + ciblageNon publié
Italie (Lombardie)Contrôle automatique de 100 % + échantillon documentaire et visites≥ 2 % (obligation nationale)Automatique + échantillon stratifiéNon publié officiellement
AllemagneLe certificatFixée par chaque Land, non publiéeTirage purement aléatoireNon publié

Trois enseignements se dégagent de ce tableau, et aucun ne va dans le sens attendu.

Premier enseignement : le levier qui produit des effets, c'est le ciblage, pas le volume. La Flandre est passée de 3 suspensions d'experts en 2023 à 26 en 2024 sans augmentation spectaculaire de ses volumes de contrôle, en introduisant de la détection d'anomalies dans sa sélection. C'est exactement le pari qu'a fait la France en octobre 2025.

Deuxième enseignement : la mesure la moins chère est celle qui est embarquée dans le logiciel. Le Danemark valide automatiquement 100 % des certificats déposés sur 340 points de contrôle, avant même de parler d'audit humain. La Lombardie fait de même. Un contrôle de cohérence exécuté à la saisie coûte une fraction d'un audit et évite l'erreur au lieu de la constater.

Troisième enseignement, le plus dérangeant : presque personne ne publie. L'Irlande a probablement le dispositif le mieux conçu d'Europe — au moins deux audits par assesseur et par an garantis par écrit, système de points sur deux ans, révocation automatique du certificat en cas de manquement grave — et ne publie aucun résultat. L'Allemagne ne publie même pas le pourcentage contrôlé. Seuls le Danemark et les Pays-Bas donnent des séries exploitables. Le constat qui vaut pour toute l'Europe est donc celui-ci : presque aucun pays ne sait dire quel pourcentage de ses certificats est juste. C'est précisément ce que la directive de 2024 entend faire cesser.


Le même logement, cinq diagnostiqueurs

Premier signal : la dispersion entre diagnostiqueurs

Il existe un test que tous les pays ont fini par faire, et qui déplace le débat : envoyer plusieurs professionnels dans le même logement et comparer les résultats.

En France, l'UFC-Que Choisir a fait réaliser 34 diagnostics dans 7 maisons en septembre 2022 : six maisons sur sept n'ont pas reçu la même classe selon le diagnostiqueur, avec jusqu'à trois classes d'écart et des estimations de consommation variant du simple au triple. La même année, 60 Millions de consommateurs relevait, sur quatre logements visités par cinq professionnels, « toujours au moins deux lettres différentes, parfois trois ».

Le résultat n'a rien de français. En Belgique, une enquête de la RTBF a fait certifier le même appartement par cinq certificateurs : de 179 à 264 kWh, soit 47 % d'écart — et Test-Achats a relevé que le même écart de 47 % avait déjà été mesuré dix ans plus tôt. Aux Pays-Bas, une étude commandée par le ministère en 2022 a produit onze labels sur quatre logements : trois logements sur quatre ont reçu des lettres différentes. Au Royaume-Uni, une campagne en client mystère portant sur 29 logements, chacun évalué quatre fois, a relevé un écart moyen de 11,1 points entre la note la plus haute et la plus basse d'un même bien, près des deux tiers des logements variant d'au moins deux bandes (Jenkins, Simpson et Peacock, rapportée par Crawley et al., Energies, 2019).

Ces quatre pays ont des systèmes de contrôle très différents et obtiennent la même dispersion. C'est le fait le plus important de ce dossier. Le problème principal n'est pas le taux d'audit : c'est la variance de la saisie de terrain — surfaces relevées, type de mur, type de plancher, épaisseurs d'isolant, hypothèses par défaut. Les travaux britanniques identifient exactement les mêmes causes. Un audit constate l'erreur ; il ne supprime pas ce qui la produit.

Second signal : l'agglutination aux seuils

La dispersion n'est pas la seule signature observable. Il en existe une seconde, plus spécifique : la façon dont les étiquettes s'accumulent juste du bon côté d'une frontière réglementaire. Un diagnostic qui bascule de F à E fait sortir un logement de l'interdiction de location ; l'incitation est directe, et elle laisse une trace statistique.

En France, cet effet est mesuré. Le Conseil d'analyse économique a estimé en juin 2024 que 3,9 % des DPE étaient « suspectés d'être manipulés aux seuils » avant la réforme de 2021, et 1,7 % sur la période de juillet 2021 à décembre 2023 — une division par plus de deux, sur les frontières D/E, E/F et F/G. Rapporté au volume annuel, cela représente encore de l'ordre de 68 000 diagnostics par an.

Le même phénomène s'observe au Royaume-Uni, où la structure du score — une note de 1 à 100 découpée en bandes — rend le décrochage particulièrement lisible juste sous la frontière entre deux lettres ; notre plateforme britannique l'a documenté sur la base ouverte anglaise. Côté français, en revanche, aucune étude de population équivalente n'a été publiée : l'agglutination est mesurée par le CAE sur un indicateur agrégé, jamais cartographiée seuil par seuil comme elle l'est outre-Manche. C'est un angle mort documentaire, pas un angle mort méthodologique.

Deux problèmes distincts sont constamment confondus. L'agglutination aux seuils est mesurée, et elle a reculé : 1,7 % des diagnostics depuis juillet 2021, contre 3,9 % avant (Conseil d'analyse économique, 2024). La dispersion entre diagnostiqueurs est d'un tout autre ordre de grandeur : jusqu'à trois classes d'écart sur un même logement. La première relève du contrôle et de la sanction ; la seconde relève de la méthode, de la formation et de la saisie de terrain. Renforcer les audits agit sur la première, beaucoup moins sur la seconde.


Cinq idées reçues sur le contrôle des DPE

« L'Europe impose de contrôler X % des DPE »

Non, et plus depuis 2018. Le mot « pourcentage » a disparu du texte, remplacé par une exigence statistique qu'un pays d'un million de certificats satisfaisait avec moins de 400 contrôles. C'est la refonte de 2024 qui réintroduit des chiffres — mais sous la forme d'un taux de validité à atteindre, pas d'un taux de contrôle à réaliser.

« Il n'y a aucun contrôle sur site en France »

Faux : trois des six opérations du cycle de certification comportent un contrôle sur ouvrage. À titre de comparaison, le régime allemand subordonne la visite du bâtiment à l'accord du propriétaire.

« Un taux d'erreur élevé prouve que le système est mauvais »

C'est souvent l'inverse. Le Danemark trouvait environ 31 % de labels erronés en tirage aléatoire en 2016 ; après passage à une sélection ciblée sur le risque, ses taux de détection ont dépassé 90 %. L'agence danoise de l'énergie l'écrit elle-même : ce chiffre « n'indique pas la qualité générale des labels danois, mais plutôt l'efficacité du contrôle ». Un taux issu d'un échantillon ciblé mesure la qualité du ciblage, pas celle du parc — et c'est exactement pour cela que la directive de 2024 interdit de s'en servir pour évaluer un système.

« Les DPE erronés coûtent des milliards en aides publiques »

Raccourci fragile. Pour les rénovations globales, l'instruction des aides s'appuie principalement sur l'audit énergétique, pas sur le DPE. Et les montants régulièrement cités correspondent à des sommes détectées et évitées avant paiement, non à un préjudice subi. Le sujet de la fiabilité du DPE est réel ; il n'a pas besoin de ce chiffre-là.

« La France est le mauvais élève européen »

L'étude de conformité menée pour la Commission européenne en 2015 classait au contraire le dispositif français parmi les plus robustes, aux côtés du Danemark, de l'Italie, de la Wallonie, de Chypre et de la Lituanie. La France est dans la moyenne européenne sur le contrôle, au-dessus sur la détection depuis octobre 2025, et en dessous sur la mesure et la transparence. C'est ce déséquilibre qui pose problème, pas un retard général.


Ce que coûterait un contrôle renforcé

La question est moins ouverte qu'il n'y paraît, parce que l'administration y a déjà répondu. Dans la fiche d'impact de l'arrêté du 20 juillet 2023, la direction de l'habitat estimait le renforcement du dispositif de certification à « un surcoût de l'ordre de 5 € par DPE en certification initiale et de 3 € par DPE en renouvellement, soit un surcoût de 2 à 3 % ».

Un second point d'ancrage vient d'Écosse, seul territoire à publier le coût de sa fonction d'audit : 428 000 £ par an pour l'audit et l'inspection, pour environ 205 000 certificats, soit 2,09 £ par certificat — financés par une redevance de dépôt portée de 2 à 6 £, que le gouvernement écossais présente comme « moins de 10 % du coût total d'un EPC ».

À partir de là, on peut construire un ordre de grandeur pour la France. Nos hypothèses, explicitement : quatre millions de DPE par an, un prix moyen de 175 € (milieu de la fourchette 150-250 €), une cible de 2 % (norme britannique), et un coût unitaire d'audit compris entre 120 € (contrôle documentaire industrialisé) et 500 € (contrôle sur ouvrage). Résultat : 80 000 audits par an, pour un surcoût compris entre 2,40 € et 10 € par DPE, soit 1,4 % à 5,7 % de son prix. Le scénario central s'établit autour de 6 € par diagnostic, environ 24 M€ par an.

Trois des quatre hypothèses ci-dessus sont les nôtres. Ce n'est pas une mesure, c'est un ordre de grandeur — que trois sources indépendantes encadrent toutefois : la direction de l'habitat (2 à 3 %), l'Écosse (2,09 £, notre scénario bas) et l'Irlande (redevance de 30 € par certificat finançant l'ensemble du dispositif public). Ce calcul ignore le coût de construction du dispositif, l'effet dissuasif — probablement le principal canal d'efficacité — et la capacité d'offre : 80 000 audits par an supposent une force d'audit qui n'existe pas aujourd'hui.

La conclusion de cette section n'est donc pas budgétaire. Le blocage n'est pas le coût : toutes les sources publiques convergent vers 1 à 6 % du prix d'un DPE. Le blocage est architectural. Contrôler des professionnels à raison de six opérations tous les sept ans ne peut pas, mécaniquement, produire une couverture élevée par certificat, quel que soit le budget. Et la France est le seul des dispositifs comparés à ne pas disposer d'une redevance par certificat : son contrôle est financé par un coût fixe par professionnel, identique pour celui qui produit 100 diagnostics par an et pour celui qui en produit 2 000.

Il faut ajouter un élément que la Cour des comptes pose sans détour, et qu'un article sur la qualité du DPE ne peut pas passer sous silence : le prix moyen d'un diagnostic « ne permet pas toujours de rémunérer le diagnostiqueur à la hauteur du temps qui serait nécessaire à l'obtention d'un résultat de qualité ». La même Cour estime que la fraude caractérisée « serait marginale » et attribue les manquements constatés avant tout à une méconnaissance des règles par les nouveaux entrants. Renforcer le contrôle sans traiter l'économie de la prestation reviendrait à sanctionner les effets d'une contrainte qu'on aurait laissée intacte.

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Tant que le contrôle public porte sur 0,08 % des diagnostics, la première vérification d'un DPE reste celle que fait son destinataire. Notre outil applique une série de règles de cohérence aux données publiques de votre diagnostic — étiquette contre consommation déclarée, déperditions contre surface, conformité thermique contre année de construction — et signale les écarts. C'est la méthode que nous avons appliquée à grande échelle dans notre baromètre de fiabilité. C'est un signal d'attention, pas un verdict : il ne remplace ni un contrôle réglementaire ni l'avis du diagnostiqueur.


Ce qui va changer

Trois choses, et elles arrivent vite. D'abord, l'obligation européenne a changé de nature au 29 mai 2026 : on ne demande plus aux États de contrôler un échantillon, on leur demande d'atteindre et de publier un taux de validité. Ensuite, la France se trouve dans une position singulière : elle a construit la détection — le criblage exhaustif de la base ADEME, avec obligation d'agir sous un mois, est en avance sur la plupart de ses voisins — mais pas la mesure, c'est-à-dire l'échantillon aléatoire dimensionné dont la directive fait désormais la condition de la preuve. Les deux sont exigées, et l'annexe VI est explicite : le ciblage ne peut pas tenir lieu de mesure.

Enfin, 2026-2027 sera la première période où des taux de validité comparables entre pays deviendront publics. Ce sera la vraie nouveauté : non pas savoir qui contrôle le plus, mais savoir, pour la première fois, quel pourcentage de certificats est juste. En attendant cette publication, la vérification reste largement à la charge de celui qui reçoit le document — et c'est exactement ce que permet notre outil de vérification.

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