Vous êtes locataire, votre logement affiche une belle étiquette C ou D au DPE (diagnostic de performance énergétique), et pourtant, dès la première vague de chaleur, l'appartement devient une fournaise : 30 °C à 22 heures, impossible de dormir, des semaines entières au-dessus du seuil de l'inconfort. Cette situation, des millions de Français la vivent chaque été — et beaucoup pensent, à tort, que leur classe énergétique les protégeait.
L'été 2003 a causé environ 15 000 décès en surmortalité en France, selon Santé publique France ; celui de 2022, le plus meurtrier depuis, près de 2 816. Avec le réchauffement, ces épisodes deviennent la norme. Le DPE, lui, mesure surtout le chauffage d'hiver. Son indicateur de confort d'été existe, mais il est aujourd'hui purement qualitatif et n'influence pas la note A à G. Voici ce qu'il vaut vraiment, ce qui change d'ici 2028, et ce que vous pouvez exiger — ou faire — quand votre logement vous cuit l'été.
Un bon DPE ne garantit pas un logement frais l'été — l'indicateur de confort d'été figure en deuxième page du diagnostic (bon, moyen ou insuffisant), mais il n'entre pas dans le calcul de l'étiquette énergie A à G. Un logement classé C peut être « insuffisant » en confort d'été.
Ce que cet article couvre
Comment lire l'indicateur de confort d'été de votre DPE et pourquoi il ne change pas la classe énergie, la raison pour laquelle un logement bien isolé pour l'hiver peut surchauffer l'été, le projet d'indicateur de confort d'été renforcé prévu pour 2028 (PNACC-3, méthode degré-heure inspirée de la RE2020), vos droits de locataire face à un logement « bouilloire » (décence, jurisprudence), et les gestes qui rafraîchissent vraiment : protections solaires, inertie, ventilation nocturne, isolation par l'extérieur.
Le confort d'été dans le DPE : un indicateur qui ne pèse pas sur l'étiquette
Depuis la réforme du DPE entrée en vigueur le 1er juillet 2021 (arrêté du 31 mars 2021), chaque diagnostic comporte un indicateur de confort d'été. Il figure en deuxième page du document et qualifie le logement selon trois niveaux : confort d'été « bon », « moyen » ou « insuffisant ». C'est une information utile, mais elle reste à part : elle n'entre pas dans le calcul de l'étiquette énergie de A à G, laquelle agrège uniquement la consommation d'énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre.
Concrètement, un même logement peut afficher une étiquette C — donc considérée comme correcte pour l'hiver — et un confort d'été « insuffisant ». L'indicateur et la note vivent côte à côte sans se parler. C'est la première chose à comprendre : votre classe énergétique ne dit presque rien de ce que vous ressentirez en juillet.
Sur quoi repose l'indicateur actuel
L'indicateur de confort d'été du DPE est qualitatif : il évalue uniquement le confort « passif », c'est-à-dire sans recourir à un système de climatisation consommateur d'énergie (les brasseurs d'air, eux, sont pris en compte). Il s'appuie sur quelques données d'entrée : l'inertie thermique du bâtiment (sa capacité à amortir les variations de température), l'isolation de la toiture, la présence de protections solaires extérieures (volets, stores, débords) et le caractère traversant du logement, qui permet une ventilation naturelle.
Conséquence directe : un logement équipé d'un climatiseur peut tout à fait être jugé « inconfortable en été » par le DPE, puisque la climatisation active n'est pas prise en compte. L'indicateur mesure la capacité du bâtiment à rester frais par lui-même, pas le confort réellement obtenu à coups de kilowattheures.
Profil : studio ou T2 sous combles aménagés, baies vitrées orientées ouest, sans volets ni protections extérieures, dans une zone climatique chaude (sud, vallée du Rhône, Méditerranée) — le profil typique du logement classé C ou D « bon pour l'hiver » mais « insuffisant » l'été.
Pourquoi un bon DPE d'hiver ne garantit pas un logement frais
La performance d'hiver et le confort d'été ne reposent pas sur les mêmes leviers. Pour l'hiver, on cherche à retenir la chaleur : forte isolation, étanchéité à l'air, faibles déperditions. Mais une enveloppe très isolante peut aussi piéger la chaleur entrée dans la journée et empêcher le logement de se refroidir la nuit, surtout s'il manque d'inertie et de ventilation. Les surchauffes les plus fortes touchent souvent des logements récents très isolés mais légers, ou des combles aménagés sous toiture mal protégée du soleil.
Trois facteurs aggravent la surchauffe : les apports solaires (grandes surfaces vitrées sans protection, orientation ouest ou sud), le manque d'inertie (parois légères qui chauffent vite) et l'impossibilité de ventiler la nuit (logement non traversant, fenêtres qui ne s'ouvrent pas, nuisances qui dissuadent d'ouvrir). Un logement peut cumuler une bonne note DPE et ces trois handicaps.
Le confort d'été renforcé : ce que prévoit la réforme 2028
Le caractère sommaire de l'indicateur actuel est connu des pouvoirs publics. Le troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3), lancé le 10 mars 2025 avec 52 mesures et plus de 200 actions, prévoit de renforcer la prise en compte du confort d'été dans le DPE et l'audit énergétique. L'objectif affiché : disposer d'un indicateur de confort d'été plus fiable à l'horizon 2028.
La direction prise est celle d'un indicateur quantitatif, et non plus seulement qualitatif. Une étude pilotée par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) est en cours pour faire évoluer la méthode 3CL-DPE (la méthode de calcul officielle du diagnostic), en s'inspirant de la méthode degré-heure (DH) déjà utilisée dans la réglementation environnementale RE2020. Cette méthode mesure, heure par heure, le nombre de degrés au-dessus d'un seuil de confort, et la RE2020 l'a calibrée à partir des données de la canicule historique de 2003. Le futur indicateur DPE tiendrait compte de la localisation du logement, car l'inconfort d'été d'un appartement n'est pas le même à Lille et à Marseille.
⚠️ Attention : à ce stade, le confort d'été renforcé doit rester un indicateur distinct de la note A à G — il n'est pas prévu, à la date de cet article, qu'il fasse à lui seul basculer une étiquette. Les consultations doivent se poursuivre à partir de 2026. La réflexion porte aussi sur l'affichage de cet indicateur dans les annonces immobilières, à côté de l'étiquette énergie.
Quels logements seront les plus exposés
Si l'indicateur devient quantitatif et géolocalisé, certains profils de logements verront leur faiblesse estivale beaucoup mieux mise en évidence qu'aujourd'hui : les combles aménagés sous toiture peu isolée, les logements aux grandes baies orientées ouest sans protection, les biens situés en zone climatique chaude (le sud de la France et les territoires d'outre-mer en première ligne). Pour ces logements, le confort d'été pourrait devenir un critère d'achat et de location aussi scruté que la classe énergétique.
Pour les bailleurs comme pour les acheteurs, l'anticipation a un intérêt patrimonial : un logement « bouilloire » risque de décoter à mesure que les acquéreurs intègrent le confort d'été dans leur décision, exactement comme la valeur verte pénalise déjà les passoires thermiques. Notre analyse de la décote DPE ville par ville montre comment l'étiquette se traduit déjà en euros sur le prix de vente.
Vos droits de locataire face à un logement « bouilloire »
C'est la question que des milliers de locataires posent chaque été : mon propriétaire est-il obligé de faire quelque chose si mon logement est invivable pendant la canicule ? La réponse juridique est nuancée, et il faut la connaître précisément.
La loi ne fixe aucune température maximale
Le droit français impose une température minimale de chauffage en hiver, mais il ne définit aucune température plafond à ne pas dépasser l'été. Aucun texte ne rend un logement automatiquement « illégal » parce qu'il atteint 30 °C ou 35 °C en août. Le bailleur n'est donc pas tenu, en l'état du droit, d'installer une climatisation. C'est le point de départ : il n'existe pas de seuil de chaleur opposable.
Le logement doit toutefois rester « décent »
La protection passe par la notion de logement décent. La loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs impose au bailleur de délivrer un logement décent (article 6), et le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 en précise les caractéristiques : le logement ne doit pas laisser apparaître de risques manifestes pour la sécurité physique ou la santé des occupants, et doit protéger les locaux contre les eaux de ruissellement et les remontées d'eau. Historiquement centrée sur le froid, l'humidité et la sécurité, la décence évolue : la protection contre la chaleur excessive est de plus en plus considérée comme un enjeu de salubrité à part entière.
À ce cadre s'ajoute le critère de performance énergétique minimale, intégré à la décence : depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus être proposé à la location (le seuil passera à F au 1er janvier 2028, puis E au 1er janvier 2034). Une passoire thermique l'hiver est souvent une fournaise l'été — les deux sujets convergent.
À faire maintenant : si votre logement devient invivable l'été, signalez-le par écrit (lettre recommandée) à votre propriétaire en demandant des solutions passives — pose de volets ou stores extérieurs, isolation des combles, brasseur d'air. Conservez des relevés de température datés. En cas de blocage, saisissez la commission départementale de conciliation, puis le juge.
Une jurisprudence qui commence à bouger
Dans certains cas, notamment dans le sud, des juges ont déjà ordonné l'installation de protections solaires pour garantir la salubrité du logement — une jurisprudence favorable au locataire, même si elle reste isolée et appréciée au cas par cas. Par ailleurs, une proposition de loi déposée en juin 2025 vise à inscrire explicitement le confort d'été dans les critères de décence, en imposant au bailleur des protections solaires (volets, stores) ou des dispositifs passifs (brasseurs d'air). À ce jour, ce texte n'est pas entré en vigueur : il faut donc raisonner sur le droit existant, pas sur une obligation future.
Étude de cas : un T3 classé C sous les toits, à Lyon (illustratif)
Pour rendre les choses concrètes, prenons un cas illustratif — les ordres de grandeur sont indicatifs et ne remplacent ni un devis ni une simulation. Vous louez un T3 de 65 m² au dernier étage d'un immeuble lyonnais, classé C au DPE, avec de grandes baies orientées ouest, des combles peu isolés et aucune protection solaire extérieure. L'hiver, le logement est correct ; l'été, il dépasse 30 °C en soirée pendant les vagues de chaleur.
Scénario — Trois gestes passifs pour rabattre la surchauffe
| Geste | Effet attendu | Ordre de grandeur |
|---|---|---|
| Stores ou volets extérieurs sur les baies ouest | Bloque le rayonnement solaire avant qu'il entre | quelques centaines à quelques milliers d'€ |
| Isolation de la toiture / des combles | Coupe l'apport de chaleur par le toit, gain hiver + été | poste prioritaire en maison/dernier étage |
| Ventilation nocturne (ouvertures traversantes, brasseur d'air) | Évacue la chaleur accumulée la nuit | geste faible coût, fort impact |
| Effet combiné | Passage de confort d'été « insuffisant » à « moyen » voire « bon », sans climatisation | |
L'enseignement est clair : ce ne sont pas les gestes les plus coûteux qui rafraîchissent le plus. Les protections solaires extérieures et la ventilation nocturne, peu onéreuses, sont souvent les plus efficaces — bien avant la climatisation, qui traite le symptôme en consommant de l'énergie et ne fait pas progresser l'indicateur de confort d'été du DPE.
Les erreurs qui transforment un logement en four l'été
Erreur n° 1 — Se fier à la seule étiquette énergie
Un logement classé C ou D peut être « insuffisant » en confort d'été : la note A à G ne mesure pas la surchauffe estivale. Avant de louer ou d'acheter, lisez la deuxième page du DPE et regardez l'indicateur de confort d'été. C'est un signal que la plupart des candidats ignorent — et qui pèsera de plus en plus lourd avec la réforme 2028.
Erreur n° 2 — Installer une climatisation avant de traiter le passif
La climatisation soulage immédiatement, mais elle consomme, coûte cher à l'usage et n'améliore en rien l'indicateur de confort d'été du DPE (qui ne prend en compte que le confort passif). Avant d'y recourir, traitez les protections solaires, la ventilation nocturne et l'isolation de la toiture : vous réduisez le besoin de froid à la source.
Erreur n° 3 — Poser des protections solaires à l'intérieur
Un store ou un rideau posé à l'intérieur arrête une partie de la lumière, mais le rayonnement solaire a déjà traversé le vitrage et chauffe la pièce. Les protections efficaces sont extérieures (volets, stores bannes, brise-soleil) : elles bloquent la chaleur avant qu'elle n'entre. C'est l'un des leviers les plus rentables contre la surchauffe.
⚠️ Attention : isoler par l'intérieur (ITI) plutôt que par l'extérieur (ITE) prive le logement de l'inertie de ses murs, qui amortit la chaleur. Pour le confort d'été, l'ITE est presque toujours préférable — elle laisse la masse des murs du côté habité. Voir notre comparatif ITE ou ITI : le choix d'isolation qui change tout.
Erreur n° 4 — Croire que la canicule est un problème du sud uniquement
Les vagues de chaleur remontent désormais vers le nord et touchent des logements jamais conçus pour la chaleur. Le futur indicateur géolocalisé révélera l'exposition réelle de chaque commune. Si vous êtes en outre-mer, le sujet est encore plus aigu : voyez nos obligations DPE spécifiques aux territoires d'outre-mer.
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Simulateur travaux et aides 2026 OneDpe
Composez un bouquet de gestes « confort d'été » — protections solaires, isolation de la toiture et des combles, isolation par l'extérieur pour préserver l'inertie, ventilation — et visualisez le gain estimé poste par poste, le coût indicatif et les aides 2026 mobilisables (MaPrimeRénov' en rénovation d'ampleur, CEE, éco-PTZ) selon votre catégorie de revenus, avant d'engager le moindre devis.
Pour aller plus loin : pourquoi le confort d'été sera le prochain choc du diagnostic et le simulateur d'étiquette DPE pour situer votre logement.
Conclusion
Le DPE ne protège pas vraiment les locataires l'été — pas encore. Son indicateur de confort d'été existe mais reste qualitatif et déconnecté de la note A à G : un logement bien classé peut être une fournaise. La réforme attendue pour 2028 promet un indicateur quantitatif et géolocalisé qui changera la donne, mais en attendant, le locataire dispose surtout du levier de la décence et du dialogue avec son bailleur, faute de température maximale légale.
La vraie réponse est dans les travaux passifs, et elle se chiffre. Le simulateur travaux et aides 2026 OneDpe permet de comparer les gestes « été » poste par poste — protections solaires, isolation de toiture, ITE, ventilation — et de mettre en regard leur coût et les aides disponibles, pour transformer un logement « insuffisant » en logement vivable sans dépendre de la climatisation.






